Une journée passa avec une lenteur insoutenable. Le lendemain matin, alors que Finh surveillait si personne de suspect n’arrivait, Axel sortit de la chambre, pâle. Hugo s’avança vers lui pour lui dire d’aller se recoucher mais Axel refusait.
- Tu n’aideras pas Gabriel comme ça ! répliqua Hugo.
- Ce soir, nous irons à cette maison close, dit le jeune homme, tenant à peine debout.
- C’est de la folie pure…
- Et nous les sortirons à nouveau de là !
- Tu n’es pas en état de venir !
- Je lui ai promis que plus personne ne le toucherait, continua Axel, inquiet. Je devais le protéger, et j’ai échoué de la plus belle des manière !
- Qu’est-ce que tu aurais pu faire face à une dizaine d’hommes armés ? demanda Finh. C’était insensé de pouvoir d’interposer comme ça ! Gabriel croit que tu es mort ! Comment doit-il se sentir maintenant, à ton avis ?
- La situation est catastrophique mais pas désespérée, intervint Josh. Après tout, Axel n’est pas mort !
- Et comment allons-nous les sauver ? demanda Kian. A mon avis la surveillance est renforcée là-bas.
- On voit que tu ne connais pas Banho, soupa Finh. Non, il est tellement fier… il sait qu’il a gagné et il croit qu’on ne peut rien tenter.
- On va voir qui va exploser la cervelle de l’autre… marmonna Axel en s’asseyant dans un fauteuil.
- Et maintenant parlons stratégie, dit Hugo. J’appelle nos hommes, Yan sera à leur tête en attendant qu’on se rejoigne. C’est ce soir qu’ils vont rouvrir la boîte…
- Comment le sais-tu ? demanda le blessé.
- Ça, répondit Finh en montrant une affiche qui affirmait la réouverture des « Mille et Une Nuits ».
- Alors il faudra intervenir avant que quelqu’un ne les touche.
- C’est tôt mais je suis d’accord, dit le rouquin. On ne touche pas à Sh… à des hommes et des femmes libres ! Mais Axel, veux-tu vraiment venir ? Dans ton état…
- Ne t’inquiète pas pour moi. Je me sens assez fort pour faire regretter à Banho tout ce qu’il a fait à Gabriel.
Le soir venu, ils partirent en mission de sauvetage. Yan et les autres les attendaient au coin d’une rue désert. Hugo leur ordonna d’infiltrer toutes les entrées pour encercler tous ceux qui se trouvaient sur la place. Il allait partir avec eux, Josh et Ilya tandis qu’Axel était avec Kian et Finh et ils devaient passer par l’entrée principale. Ils réussirent à se faufiler dans la foule et Axel cherchait le Lymien. Il était dans sa chambre de verre en compagnie de Banho. Gabriel ne se laissait pas faire. Il n’avait absolument aucune envie de revivre tout ça. Banho le tenait fermement par le bras dans un sourire machiavélique. Axel sortit son arme et la pointa sur lui.
« Tu es trop loin ! » lui murmura Finh.
Il ne l’écoutait pas. jamais, au grand jamais il ne laisserait un homme comme Banho poser ne serait-ce que le petit doigt sur un être aussi pur qu’un Lymien. Il appuya deux fois sur la gâchette. La première balle brisa entièrement la vitre et la deuxième perfora Banho à l’abdomen, exactement au même endroit où avait été blessé Axel. Surpris, Gabriel tourna son regard vers la foule et tout disparut autour de lui sauf son amour. Il se précipita sur lui, en larmes. Les gens qui avaient entendu les coups de feu prirent peur et commençaient à paniquer. Hugo intervint à son tour, entrant dans la chambre de verre de Shian et assommant la personne qui était venue pour elle. Shian le regarda étrangement et resta immobile pendant que Hugo lui donna son manteau pour se couvrir. Josh quant à lui libéra Uven et il put enfin faire sortir toute la haine qu’il avait contre ces gens-là en frappant le client jusqu’à ce qu’Uven ne l’arrête. Ils se serrèrent la mains chaleureusement. Tout le monde s’était immobilisé, tous les Mignons et les Mignonnes des « Mille et Une Nuits » étaient libérés. Et maintenant qu’allaient-ils faire ? Banho s’avança en boitant vers Axel, animé par la rage.
- Tu es vivant… murmura Gabriel en prenant son visage dans ses mains et en l’embrassant. J’ai cru te perdre…
- Je sais, mais je suis là…
- Toi… fit Banho.
- Et oui, encore moi, et reste calme si tu ne veux pas mourir !
Une illumination dans le ciel les fit taire. Toutes les lumières des « Mille et Une Nuits » s’éteignirent brusquement. Tout le monde regardait dans un ciel, un événement très étrange se produisait. Axel serra Gabriel contre lui. C’était comme si un incendie était né en plein ciel. Soudain, un rayon descendit rapidement sur la place et tous s’écartèrent derrière Axel, Gabriel et Banho qui ne bougeaient pas, laissant une immense place. le feu subitement disparut et ils virent avec stupéfaction un homme aux cheveux rouges flamboyants habillé d’une drôle de façon, avec une sorte de fine armure en argent et une cape bleue. Il s’inclina légèrement et sourit chaleureusement.
« Bienvenu à Myan ! s’écria-t-il. Ça alors, comme c’est joli ici ! Un bordel, c’est ça ? Mais c’est charmant, c’est… c’est comme chez nous ! Sur ma planète, la spécialité ce sont les beignets de saumon des eaux rouges ! Chez vous c’est la prostitution. Ah oui, qui je suis ? C’est une bonne question. Vous voyez, l’univers est en équilibre grâce à des forces… mais je ne vais pas vous faire un cours n’est-ce pas ? Alors, je me présente simplement. Je m’appelle Oscar et je suis le Gardien du Feu ! Et je suis là pour régler une affaire qui est plus grave que ce que vous pensez. Merci de votre accueil, Myanien. Mais je ne suis pas seul… »
Le ciel s’éclaircit à nouveau mais d’une lumière blanche, intense. Les nuages disparurent et pour la première fois on vit les étoiles de Myan. Tous virent des formes humaines qui volaient gracieusement en cercle au dessus leur tête. Des éclairs blancs déchiraient le ciel, s’abatant sur le sol. Quelques uns de ces êtres ailés se posèrent sur les réverbères tandis que d’autres entourèrent Oscar. Gabriel les regardait étrangement, les yeux écarquillés. Des hommes, des femmes… Ils avaient tous les cheveux clairs : blancs, bleus clairs ou argentés, une silhouette fine et élancée, gracieuse et délicate. Les Myaniens eux aussi avaient une expression étrange sur leur visage. C’était presque de la peur. Alors qu’on racontait partout sur Myan que tous les Lymiens étaient disparus, voilà devant eux une cinquantaine, l’air noble et majestueux. Il n’y avait pas seulement que des Lymiens, il y avait aussi de simples Anges. Un d’entre eux s’approcha à côté d’Oscar. Il était assez grand et les cheveux argentés extrêmement fins et longs, attachés en catogan.
- Je crois que vous avez fait une petite bêtise, dit Oscar dans un sourire en joignant les mains.
- Provoquer la colère du Lymien le plus puissant, c’est carrément du suicide, dit un homme aux longs cheveux noirs et aux yeux profondément violets.
- Je vous présente Arios, continua le rouquin.
Arios ignora totalement les Myaniens et s’avança vers Gabriel qui recula un peu. Le Lymien lui sourit chaleureusement tout en pleurant.
- Pardonne-moi Gabriel. J’ai mis du temps à venir te chercher, dit-il.
- Comment savez-vous mon prénom ?
- Je comprends que tu ne me reconnaisses pas. Cela fait si longtemps… je suis ton frère, Arios.
- Mon frère ?
- Son frère… murmura Banho.
Arios plongea son regard dans celui de Gabriel. Il vit alors tout… mais alors tout ce qu’il avait subit depuis qu’il était sur cette planète. Il resta calme et se tourna vivement vers Banho, en colère.
- Sais-tu qui je suis ? demanda-t-il, menaçant.
- Un Lymien…
- Je ne m’en suis jamais vanté, mais là, après ça… je sais ce que tu as fais, Humain… tu as tort de me mettre en colère. Je sacrifie ma vie pendant des années pour protéger l’univers et les Humains de l’Empire du Mal. Je suis torturé, violé, à deux pas de la mort… je perds les êtres que j’aime… tout ça pour quoi ? Pour protéger le monde, pour protéger l’équilibre des force, parce que je suis l’Elu, parce que ma puissance est supérieure à celle de mes semblables… et comment les Humains me remercient-ils ? Ils font de mon petit frère une putain. Il font de mon petit frère un objet. Ils font de mon peuple une abomination…
- Ça fout la rage… commenta l’homme aux yeux violets. Tu es trop gentil, je te l’ai dit.
- Sans commentaire Chaos, tu seras gentil.
- Si tu es mon frère, murmura Gabriel. Comment se fait-il que je sois ici ?
Arios le regarda tristement et commença à raconter.
- Tu avais trois ans quand on t’a enlevé. C’était un soir… quelqu’un est entré dans notre maison et t’a emmené. On l’a poursuivit pendant des semaines et quand on l’a retrouvé, tu n’étais pas avec lui. Il nous disait que tu étais mort, mais on n’a pas voulu le croire. Alors on t’a cherché pendant des mois, des années, mais on ne te trouvait pas. On a de moins en moins cherché, on a perdu tout espoir de te retrouver… Maman était tellement malheureuse. Elle disait que tout était de sa faute. Et un jour, il y a quelques semaines, nous avons reçu un message venant de très loin dans l’univers. C’était un appel au secours, pour un Lymien vivant à Myan qui était maltraité. On avait joint une photo et dès que notre mère l’a vue, elle a crié ton nom. Nous ne pouvions pas y croire, mais nous avons décidé de venir quand même.
- Pourquoi déjà ? demanda Oscar.
- Tout d’abord un innocent souffrait, ensuite c’était un Lymien et si en plus il s’agissait de mon frère… Du coup on est là, et puis il fallait régler une autre affaire à Myan.
- Comment puis-je accorder foi à votre histoire ? fit Gabriel. Excusez-moi de douter mais…
Arios s’approcha de lui et prit le cristal de Gabriel dans une main, et le sien dans l’autre. Dès qu’ils furent en contact, ils s’illuminèrent.
- Quand deux Lymiens sont du même sang, leur cristal réagit au contact de l’un et de l’autre, expliqua-t-il. Et puis, je sais qu’on fond de toi tu le sais.
- Arios… murmura Gabriel.
- Te souviens-tu aussi de Firenze ? Disnia ? Roselma ?
Il présenta un jeune Lymien qui lui ressemblait beaucoup et deux Lymiennes.
- Tous les cinq, nous sommes frères et sœurs, dit Firenze.
- Et voici Raphaël, notre cousin, ajouta Arios en montrant un autre Lymien.
Raphaël ressemblait énormément à Gabriel. Celui-ci semblait ailleurs et des souvenirs remontaient dans sa mémoire. Il fêtait ses trois ans et il jouait dans la neige avec ses frères, ses sœurs et ses cousins. Il était heureux, sous le regard bienveillant de ses parents, de sa famille. Il les reconnut tous aussitôt.
- Tu ne t’es jamais demandé pourquoi tu as survécu à tout ça alors que beaucoup de coups que tu as reçu aurait pu te tuer ?
- Et bien…
- Tant que ton cristal est intact, tu ne peux pas mourir. Pour tuer un Lymien, il faut tout simplement briser ton cristal ! Et j’ai testé ça à mes dépends, n’est-ce pas Chaos.
- Et bien…
- Arios… murmura Gabriel d’une voix brisée.
- Qu’y a-t-il ?
Versant des larmes de joie, il se précipita dans ses bras. Oui il se souvenait. Il se souvenait enfin. Il n’était pas orphelin. Il ne l’était plus. Il n’était pas le dernier Lymien, non… il en existait encore des millions et ils n’étaient pas prêts de s’éteindre. Arios s’avança alors vers Banho, prêt à le soigner. Le Myanien le repoussa en lui frappant la main.
« Ne me touche pas, sale vermine ! »
Il ne put en dire d’avantage. Chaos s’était précipité sur lui et l’avait pris à la gorge. Les pieds du Myanien ne touchaient plus le sol.
- Maintenant, sale Humain, écoute-moi ! Tu n’es rien m’entends-tu ? Tu es de la poussière dans cet univers. Tu n’égaleras jamais la grandeur du peuple de la Lumière. Et je ne te permets pas de poser tes pattes sur la peau d’un Lymien. Tu en as torturé un pendant des années, et là tu viens de frapper mon Arios. Tu ne te rends pas compte de cet acte, car peut-être que lui est capable d’oublier sa colère mais moi… vois-tu, cet Empire du Mal dont il parlait tout à l’heure ?
- Chaos… murmura un Ange aux longs cheveux rouges du nom d’Arthas. Calme-toi…
- Cet Empire du Mal, l’Empereur c’est moi, pauvre abruti, continua Chaos en se transformant peu à peu. Je suis Chaos, maître des Ténèbres et Athonathyl de première classe !
Sa peau pâle devint sombre, entre le violet et le bleu. Des griffes écarlates poussaient au bout de ses doigts et s’enfoncèrent dans la gorge de Banho. Chaos le regardait de ses yeux rouges de colère.
- Même à Myan on connaît l’Ordre d’Athonath, non ?
- Non je ne crois pas, répondit Arthas.
- Chaos ! s’exclama Arios. Arrête ! Tu vas le tuer !
- Ne me dit pas que tu n’as pas envie qu’il crève ! ! hurla l’Athonathyl. Toi, misérable Humain… j’aurai dû m’occuper de ta planète quand j’en avais encore le pouvoir. En parlant de pouvoirs, les miens peuvent te transformer en cendre…
Arios se serra contre Chaos, posant sa main sur son visage.
- Je n’ai rien, tu vois ? Il ne m’a rien fait. Ne le tue pas. Tout va bien.
- Très bien… murmura-t-il en lâchant Banho qui tomba lourdement sur le sol.
- Tu vois ? sourit le Lymien.
Il soigna Banho et s’approcha à nouveau de Gabriel.
- Pourquoi n’as-tu pas utiliser tes pouvoirs pour te protéger ? demanda-t-il.
- Et bien… rougit Gabriel. Je n’en ai pas.
- Je vois. Personne n’était là pour t’apprendre à les utiliser et tu as fait comme un blocage depuis ton enlèvement je suppose…
- Et bien…
- Tes pouvoirs sont en toi. Ils sont de naissance ! Mais il faut apprendre à les utiliser. Le cristal n’est pas un simple pendentif pour faire joli. Il renferme ta vie, tes pouvoirs. Il faut faire un avec lui, et suis-moi. Je vais faire surgir tes pouvoirs… Ton cauchemar est terminé, petit frère.
- Ça va tellement vite, avoua-t-il. Alors que je me croyais seul, voici que j’apprends que j’ai une famille, et que mon peuple est bien là…
- Moi je trouve ça super ! intervint Hugo. J’ai l’impression que ce n’est qu’un rêve…
- Et pourtant, ajouta Axel dans un sourire. Oui, le cauchemar est fini.
Arios leur adressa son plus beau sourire. Il prit Gabriel par la main et lui demanda de se concentrer.
Il était une fois
C’est comme ça qu’une histoire
Commence.
On a tous en mémoire
Un reste au fond de soit,
D’enfance.
On part pour la vie
Sans la choisir
Vraiment
Tant qu’on rêve encore
Que nos yeux s’étonnent encore
Rien n’est perdu.
Tant qu’on rêve encore
Que jamais personne s’endorme
Et ne rêve plus.
Jamais plus
On va de l’avant
Dans la cours des plus grands,
Faire face.
Sans défier les géants
Trouver au premier rang,
Une place.
On remplit sa vie
Parce qu’on oublie
Qu’elle passe
Tant qu’on rêve encore
Que nos yeux s’étonnent encore
Rien est perdu.
Tant qu’on rêve encore
Que jamais personne s’endorme
Et ne rêve plus.
Jamais plus.
Il était une fois
Tout commence comme ça.
On prend son histoire
La vie comme elle va
Avec ses erreurs
Ses manques et ses lois
Pour croire le bonheur
Souvent loin de soi
Alors qu’il bat
Qu’il est toujours là, en soi.
Tant qu’on rêve encore
Que nos yeux s’étonnent encore
Rien est perdu.
Tant qu’on rêve encore
Que jamais personne s’endorme
Et ne rêve plus.
Tant qu’on rêve encore
Que nos yeux s’étonnent encore
Rien est perdu.
Tant qu’on rêve encore
Que jamais personne s’endorme
Et ne rêve plus.
Jamais plus…
Tout d’un coup, des ailes apparurent dans le dos de Gabriel. Ses habits se transformèrent et devinrent comme ceux des autres Lymiens. Il portait un pantalon blanc avec une veste blanche aux coutures bleues et dorées. Comme Arios, il avait à son oreille un ornement assorti à son cristal. C’était magique. Il s’envola à quelques mètres du sol en compagnie de son frère et découvrit ses pouvoirs. Par la pensée, il avait e pouvoir de faire apparaître du bout de ses doigts de la foudre, de l’eau, de la glace, du feu… il pouvait faire bouger les choses à distance… il avait encore tellement de choses à découvrir. Il s’approcha d’Axel et posa sa main sur sa blessure. Petit à petit, elle disparut. Arios semblait stupéfait.
Tant Qu'On Rêve Encore, Le Roi Solei