Minuit sonna. A la fenêtre du salon, Oscar cherchait un cavalier des yeux.
« Oh, je n’aime pas ça… j’ai comme un mauvais pressentiment… »
On entendit alors des hennissements de détresse provenant de la forêt. Tornade s’était réveillée et essayée de se détacher. Elle essayait en même temps d’appeler les autres Gardiens avant qu’il ne soit trop tard. Tous les chevaux de l’écurie entendirent les cris d’appel de leur amie prisonnière. Ils sortirent tous et attendirent leurs maîtres. Clavis était descendu à la hâte. Oscar monta précipitamment sur son cheval.
- Il y a un problème ? demanda le Gardien de l’Ombre.
- Julius a des ennuis ! Il est en danger ! s’exclama Oscar.
- Comment ça ?
Le pégase de Clavis arriva brutalement devant son maître. Il était nerveux et se cabra comme pour ordonner à son maître de le monter. Clavis fronça les sourcils et ne bougea pas. Malgré tout, le pégase mena Oscar à cette cascade. Le Gardien du Feu détacha la jument qui se réfugia contre le pégase noir qui lui caressa le flanc de ses naseaux. Des êtres si purs ne connaissaient pas la haine et ne partageaient pas l’ambiance nauséabonde où baignaient leurs maîtres.
« Julius n’aurait
jamais attaché son cheval ! » constata Oscar.
Il se tourna vers le pégase blanc qui lui montra d’un signe de tête la grotte où était Julius. (super intelligent le dada) Oscar y entra et découvrit Julius, inanimé. Il le prit doucement dans ses bras, l’air inquiet. Le Gardien de la Lumière ouvrit les yeux, regarda Oscar avec une grimace de douleur et replongea dans le sommeil. Il le sortit de la grotte et le posa devant lui sur le dos de sa licorne, le tenant fermement. Les trois équidés galopèrent à une vitesse folle. Marcy, lui, sur le perron du Palais de Niria, s’inquiétait. Il regarda les étoiles et pria pour que rien ne se soit arrivé. Luva alla auprès de lui et lui posa sa veste sur ses vastes épaules.
- Il fait froid le soir ces temps-ci, murmura-t-il. Tu devrais rentrer et moins t’inquiéter.
- Non… répondit Marcy en se blottissant contre son aîné. Je sens que quelque chose s’est passé et que rien ne sera plus jamais comme avant. Je crains qu’il ne soit arrivé quelque chose à Julius. Tu as vu la tête d’Oscar ? Il semblait très inquiet. Et lorsque j’ai entendu les hennissements déchirants des chevaux, j’ai su que quelque chose de grave s’est produit. J’ai peur, Luva…
- Moi aussi, avoua-t-il.
- Quelque chose ne va pas, ajouta Randy…
Luva soupira et passa sa main sur la chevelure blonde de Marcy. Il regarda la forêt qui dégageait une aura ténébreuse. Clavis, Lumiale, Olivier et Zephel les rejoignirent. Ils aperçurent l’ombre des chevaux, puis les cavaliers, qui s’arrêtèrent brutalement devant le palais. Oscar ne dit pas un mot et prit Julius dans les bras. Marcy pâlit.
- Que… que s’est-il passé ? demanda-t-il d’une voix suraiguë.
- Je n’en sais rien… répondit le Gardien du Feu dont la voix trahissait son inquiétude.
- Il s’est simplement assommé, dit Clavis dans un sourire en voyant le filet de sang sur le front du Gardien de la Lumière.
- Non, je ne crois pas ! répliqua Oscar sous le hennissement de reproche du pégase blanc qui se cabra.
Oscar emmena Julius de toute urgence auprès du médecin du Palais. Marcy commença à pleurer. Randy caressa les chevaux tristement, se préparant à les ramener à l’écurie.
- Ce n’est rien, murmura Luva. Il a juste une petite bosse…
- Non… dit Marcy.
- Il va s’en sortir.
Le jeune Gardien cessa de pleurer et le regarda en fronçant les sourcils.
- Tu t’en moques…
- Comment ? s’étonna Luva.
- Vous vous en foutez complètement ! cria Marcy en regardant tour à tour ses aînés. Ça vous ferait bien plaisir s’il mourrait !
- Je trouve que t’y vas un peu fort, répondit Lumiale, inquiet.
- Pas du tout ! Vous cinq, vous le regarderez mourir sans broncher !
Sur ces mots, il courut en direction de l’entrée du Palais en bousculant Luva. Il gravit les escaliers et partit s’enfermer dans sa chambre. Du perron, tous entendirent la porte de la chambre claquer violemment. Randy soupira et laissa les cinq Gardiens abasourdis. Oscar allongea Julius dans un lit avant d’appeler le médecin. Ce-dernier arriva. C’était une jeune femme aux longs cheveux bruns aux grandes boucles. Elle avait de grands yeux verts. Elle se pencha sur Julius, l’air inquiet et l’examina.
- Alors, Shéryl, va-t-il s’en sortir ? demanda Oscar.
- Et bien… je ne peux pas te dire tout de suite ce qu’il a vraiment…
Elle passa sa main sur le front du Gardien.
« Il est brûlant… sa respiration est saccadée et irrégulière… Mais je ne trouve pas ce qu’il a… »
Elle lui fit une prise de sang et analysa le contenu via un ordinateur médical. Oscar se tenait derrière elle, impatient. L’échantillon de sang apparut à l’écran et Shéryl l’agrandit. L’ordinateur commença à chercher La jeune femme était immobile et Oscar pâle. Il y avait dans le sang de Julius de petites particules noires normalement absentes du corps humain.
- Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda le rouquin.
- Par tous les Saints du ciel… murmura Shéryl, les yeux grand ouverts. Les Spores Noires…
*** Les Spores Noires ***
- Les Spores… Noires ? répéta Oscar, partagé entre l’inquiétude et l’interrogation. Et tu peux me dire ce que c’est exactement que les Spores Noires ?
- Une abomination ! répondit Shéryl. C’est une création meurtrière des forces du mal pour se débarrasser des Gardiens. Eux seuls peuvent en être infecté !
- Quoi ? Julius ne peut pas…
Shéryl se leva brutalement de sa chaise. Oscar se précipita sur Julius, indécis. Le Gardien de la Lumière n’allait pas bien. Il le savait. Mais Julius ne pouvait pas mourir !
- Il ne va pas…
- Les Spores Noires détruisent les organes vitaux lentement les uns après les autres, expliqua-t-elle dans un tremblement de voix. Je ne sais pas dans combien de temps mais Julius est condamné.
- Mais il y a un antidote ! Il y a forcément un contrepoison !
- Non… il n’y a eu que deux cas similaires dans l’histoire des Gardiens. Tous les deux sont morts sans qu’on ne puisse faire quelque chose. Ce fut une époque difficile et il s’en est fallu de peu pour que le monde de Lumière soit détruit.
- On peut trouver un antidote, répéta Oscar, calmement.
- Oscar…
- Je ne compte pas le laisser mourir comme ça ! Ce n’est pas son destin ! Ses pouvoirs sont trop grands pour qu’on le laisse disparaître ! C’est… c’est mon meilleur ami !
Il baissa ses yeux sur le visage blanchâtre de Julius qui était endormi par des somnifères. Oscar lui prit la main.
- Les anti-douleurs et produits anesthésiques n’auront qu’un effet très bref, ajouta Shéryl. Bientôt, les Spores Noires seront immunisées contre ça.
- …
- Mais nous allons le sauver. Je ne baisserai pas les bras : Moi non plus je ne le laisserai pas mourir ! Mais toi… tu as été dans cette grotte…
- Oui.
- Il faut que je t’examine, tu as peut-être été contaminé toi aussi.
Elle l’examina pour conclure qu’Oscar avait échappé aux Spores Noires.
- Et maintenant, qu’allons-nous dire aux autres ?
- Pour l’instant, rien, répondit le Gardien du Feu.
Marcy entra brusquement.
- Il ne va pas mourir ! ? Il ne peux pas mourir ! s’écria-t-il.
- Marcy-chou, fit Oscar. Je te fais la promesse qu’il s’en sortira… A nous tous, nous pourrons le sauver, tant qu’on aura la foi.
Mais le jeune Gardien n’avait pas le cœur à espérer un rétablissement. Il avait peur de voir Julius disparaître, emportant sa bienveillance, son charisme, sa jeunesse et tout le symbole du pouvoir de la Lumière. Finalement, il partit dans sa chambre accompagné par Randy qui apprit à son tour toute l’histoire. Oscar passa la nuit auprès de Julius, attendant patiemment qu’une solution vienne à lui. Randy, quant à lui, après avoir laissé Marcy, n’arrivait pas à dormir. Alors il se rendit dans la salle des Gardiens, toujours aussi choqué de la nouvelle. Il s’assit, las, dans un fauteuil moelleux.
« Alors, est-ce que Julius a une grosse bosse sur le front ? » demanda Clavis en rompant le silence.
Le Gardien du Vent hocha la tête d’un air attristé.
« Tu nous caches quelque chose… » murmura Clavis en fronçant les sourcils.